Les entreprises françaises sous-capitalisées
Une fois n'est pas coutume, je fais une digression sur un article lu dans Eco 89. On voit certains petits patrons pester contre les banques qui ne joueraient pas leur rôle de financement, notamment du BFR.
L'angle est habituel : la cause source du problème serait la frilosité et le goût du lucre des banques, les entreprises n'ayant pas grand chose à se reprocher dans l'histoire. Mouais, pas dit car il y a des chose que je trouve étonnantes à la lecture de cette interview :
- Un financement du BFR quasi-exclusivement par des lignes d'escompte ou de cession dailly.
- Aucune réflexion sur le niveau de BFR qui serait peut être excessif.
- Une incompréhension totale des règles de gestion des risques. Limiter les lignes de crédit court terme pour des entreprises perdant de l'argent ne me choque pas particulièrement, qu'est-ce qu'on dirait si les banques coulaient à cause de créances douteuses !
- Un niveau de capitaux propres très limité, un levier important et une trésorerie très serrée. L'exploitation ne fonctionne que grâce aux lignes de crédit à court terme.
- L'appel à l'Etat (pour des patrons c'est amusant) pour financer l'économie, via une banque publique. On oublie juste que c'est la porte à une distribution incontrôlée de crédit à des entreprises peu viables pour des motifs politiques. Et ce genre de chose finit souvent très mal.
On touche là un mal profond des entreprises françaises, la vraie cause de performances moyennes : l'autofinancement est trop faible (deux fois moindre qu'en Allemagne et en Angleterre), les capitaux propres trop limités ce qui bloque la croissance et la conquète de nouveaux marchés. On ajoutera également une maîtrise à priori très faible du bilan et du compte de résultat d'une entreprise de la part de certains patrons.
Une amélioration de la situation peut passer par plusieurs leviers :
- Une baisse drastique des impôts frappant les entreprises françaises : à population égale, les prélèvements obligatoires sont deux fois plus élevés en France qu'en Allemagne (le Conseil des prélèvements obligatoires avait sorti une étude sur le sujet en 2009)
- Une intégration facilitée des parts de TPE/PME dans les PEA, histoire de donner un coup de pouce fiscal à l'investissement dans de petites structures
- La création de marchés obligataires ouverts aux petits épargnants afin de faciliter le financement des grosses PME et de réduire la dépendance vis-à-vis des banques. Si en plus on autorisait la détention d'obligations dans les PEA, on aurait là un outil très intéressant de financement de l'économie réelle.